Les
premières modifications ont été
introduites dans notre système éducatif tout de suite après les changements
politiques et économiques, en 1989.
La
première réforme qui a été introduite était
celle du système d’enseignement des langues étrangères. Elle
a alloué le même statut à toutes les langues étrangères en abolissant ainsi
le statut privilégié de la langue russe.
Les
changements dans le système de formation des enseignants de langues étaient
une conséquence logique de ces
modifications intervenues dans la politique linguistique de l’Etat
polonais.
Pour faire face aux nouveaux besoins, il a été nécessaire de proposer un système de formation plus rapide et en même temps plus axé sur la pratique..
Auparavant,
les enseignants de langues étaient formés uniquement dans le cadre des études
longues, de 5 ans, dites philologiques, plus axées sur la théorie que
sur la pratique scolaire. Les diplômés de
ces instituts, présentant en général un très bon niveau de connaissances
dans le domaine de leur spécialité, une fois confrontés à la réalité
scolaire, se trouvaient en grande difficulté. En plus, ils choisissaient
rarement la carrière d’enseignants de langue.
La
création des Collèges de formation des maîtres de langues étrangères, en
1990, a permis de résoudre en partie les problèmes créés par la nouvelle
situation sur le marché linguistique.
Ces
Collèges accueillent des sections d’anglais, d’allemand et de français,
plus rarement d’espagnol et d’italien. Ils ont vocation à former des
professeurs de langue pour le primaire et le secondaire. Les étudiants,
titulaires du baccalauréat (le minimum de formation préalable requise), sont
recrutés sur concours. Les
études, d’une durée de 3 ans, débouchent sur un diplôme d’études supérieures
professionnelles qui permet de s’engager dans la carrière d’enseignant ou
de poursuivre des études.
Les universités continuent à
former les enseignants de langues dans le cadre des instituts philologiques. C’est
une formation optionnelle qui prévoit une préparation professionnelle (un
enseignement de psychologie, de pédagogie, de didactique de la langue de 270
heures, et un stage pédagogique de 150 heures dans un établissement scolaire).
Les enseignants d’autres
disciplines étaient formés auparavant dans le cadre des études supérieures
universitaires, des écoles normales supérieures (de 5 ans) et des écoles
normales de 2 ans ; les enseignants des disciplines théoriques
professionnelles, par des écoles supérieures techniques, économiques ou
d’agriculture.
Les écoles normales
de 2 ans ont été fermées en 1994. Elles ont été remplacées par les
collèges de formation des maîtres
créés en 1991 à l’exemple des collèges de langues. Ils forment en 3 années
d’études les enseignants de polonais, de mathématiques pour les écoles
primaries et les spécialistes de l’enseignement élémentaire. Les spécialistes
d’autres disciplines et les enseignants pour le secondaire continuent à être
formés dans le cadre des écoles supérieures (universités ou écoles normales
supérieures)..
La
formation des enseignants est réalisée dans le cadre de 2 systèmes : législatif
et administratif et dans deux milieux séparés : celui des universités
et celui des académies régionales.
Cette repartition détermine les différentes conditions de la réforme du système de formation des enseignants.
Les collèges de formation des maîtres
qui ont été créés par les autorités académiques régionales fonctionnent
sous la tutelle universitaire. Les
universités influent sur le contenu de la formation ce qui n’a pas que des côtés
positifs. Sous cette influence certains collèges se transforment en
mini-univerités et perdent leur
caractère professionnel.
Les collèges créés au sein des
universités, beaucoup moins nombreux que les précédents, bénéficient de
l’autonomie universitaire et l’usage qu’ils en font dépend en grande
partie de la qualité professionnelle de leur direction et de leurs enseignants.
Le Collège que je représente se place dans cette catégorie.
En effet, à la suite de l’entrée en vigueur de la loi sur l’instruction supérieure en septembre 1990, les écoles supérieures sont devenues autonomes. Depuis, le Ministère de l’Education Nationale a peu d’influence sur les décisions prises par ces corps autonomes. Ces décisions concernent la définition du nombre d’étudiants à admettre en première année d’études, l’organisation de ces études, les programmes de formation etc.
Les
changements dans la formation ne peuvent s’opérer que par l’intermédiaire
du Conseil Général de l’enseignement supérieur, créé auprès du Ministre
de l’Education. C’est le
Conseil et non pas le Ministère qui est autorisé à définir les conditions de
création et de fonctionnement de telle ou telle filière d’études, le cadre
de référence pour les programmes de formation, l’appelation de facultés et
les titres scientifiques.
Du point de vue juridique, il est plus facile de stimuler les changements de programmes et l’organisation de la formation dans des établissements créés par les autorités académiques régionales. Dans ce cas, c’est le Ministre qui prend toutes les décisions concernant leur fonctionnement. Il établit entre autres les principes de création, de transformation et de fermeture des établissements de formation des enseignants et les principes d’élaboration des programmes cadres. Il indique aussi les organes de contrôle et définit les principes de surveillance pédagogique des écoles et d’autres établissements créés dans le système éducatif.
Le Ministère dispose toutefois de certains moyens qui permettent d’influencer la formation dans tous les établissements. Ce sont les exigences de qualifications précisées par le décret sur les qualifications des enseignants. Le Ministère a proposé des modifications du statut juridique des enseignants qui ont été entérinées en février 2000 et inclues dans la Charte des Enseignants. Il a été decidé, entre autres, que la titularisation serait reconnue après une période de stage qui permettrait l’adaptation du jeune étudiant à la profession et la prise de décision concernant la signature de son contrat pour 3 ans.
Ces
transformations dans la formation des enseignants préparaient le terrain
pour la grande réforme de tout le système éducatif en Pologne. Elle
est entrée progressivement en vigueur en partir de septembre 1999 et a entraîné
des changements importants dans la structure du système scolaire, dans les
programmes scolaires et dans le système d’évaluation des élèves.
L’école d’avant la réforme se composait de deux degrés : de l’école primaire de 8 ans et du lycée de 4 ans. Elle se terminait par le baccalauréat (matura) organisé sous forme d’examen interne, c’est à dire délivré par les enseignants du lycée, ne donnant pas droit d’accès direct (sans concours) à l’enseignement supérieur. Les écoles professionnelles (de trois ans) n’assuraient pas la continuité des études.
La
réforme établit un système scolaire plus homogène, de trois degrés : l’école
élémentaire de six ans, le collège de trois ans (gimnazjum) et le lycée de
trois ans ou, alternativement, l’école
professionnelle de deux ans avec la possibilité de continuer jusqu’au
baccalauréat (en deux années de formation professionnelle complémentaire).
Les
changements des programmes scolaires jouent un rôle primordial dans la nouvelle
politique de l’Etat. Le Ministère a décidé d’introduire les programmes de
base (cadre de référence) qui assureraient la partie commune des programmes
construits et qui définiraient également le standard de l’enseignement
primaire et secondaire. Du point de vue méthodologique, les programmes
de base doivent permettre de diversifier les programmes réalisés à l’école
en garantissant en même temps un standard unique de formation. Les
standards des exigences éducatives en constituent une partie intégrante. Leur
création a permis de définir les critères d’évaluation et de notation à
l’école et aux examens. Tout cela permettra en même temps de développer
l’autonomie de l’enseignant en lui donnant la possibilité de choisir les
programmes alternatifs de l’offre ministériel, de créer ses propres
propositions dans la matière
et de choisir le manuel le plus approprié.
Un autre changement important s’est opéré dans le système d’évaluation des élèves. La réforme a prévue un nouvel examen final “le nouveau baccalauréat” (Nowa Matura) qui sera introduit en 2002 et qui se déroulera en deux étapes : interne et externe. Il doit théoriquement donner directement accès à l’enseignement supérieur. Mais, les universités étant autonomes, l’acceptation ou non de cet examen de fin d’études secondaires comme clé d’accès aux études supérieures, dépendra de leur décision. De nombreuses universités avaient déjà décidé de ne l’accepter qu’en 2003 (entre autres l’Université de Varsovie).
Toutes ces transformation bouleversant le système éducatif polonais avaient commencé bien avant l’année 1999. Elles ont été entamés dix ans plus tôt, tout de suite après la chute du communisme.
Le premier domaine dans lequel s’étaient
opérés ces changements, en 1990, est celui du cadre juridique: deux
circonstances ont changé la réalité scolaire presque complètement. La
première est le transfert du réseau scolaire dans la gestion des collectivités
locales. La gestion de l’école publique gérée par une collectivité locale
constitue un grand changement dans le mode de financement, de nomination des
directions des écoles, ainsi que dans le statut de l’enseignant.
Le second facteur est l’apparition de l’enseignement privé et associatif. Conformément à la loi sur l’éducation, il existe deux types d’écoles : publiques (d’Etat) et non-publiques. Ces dernières peuvent être civiques (sociales), religieuses ou privées.
Les
écoles civiques ou sociales sont appelées ainsi à cause de
l’investissement important en travail engagé par les parents et les
enseignants. Elles sont financées par l’argent provenant principalement des
frais de scolarité payés par les parents, parfois par des subventions allouées
aux écoles par les enterprises privées ou par des fondations.
A
partir de février 1990, les écoles non-publiques sous contrat peuvent bénéficier
de subventions de l’Etat allant jusqu’à 50% des coûts calculés sur base
des coûts moyens de formation dans
une école publique. Il existe également des écoles privées qui ne sont pas
subventionnées par l’Etat (écoles sans contrat).
En
2000/01 il y a avait 420 écoles élémentaires non-publiques (sur 16766) dont
53 religieuses, 451 collèges. sur 6295 dont 77 religieux, 461 lycées (sur
2292) dont 88 religieux, 624 écoles professionnelles (sur 8281) et 1639 écoles
au niveau post-baccalauréat (sur 2567).
L’enseignement
supérieur a également subi depuis les dix dernières années des changements
importants d’effectifs et du mode de financement. En 1989 il y a avait 394.000
étudiants (sur environ 38 millions d’habitants). Aujourd’hui
ce chiffre a triplé : nous avons actuellement plus de 1.400.000 étudiants. Le
nombre d’étudiants dans les universités publiques a doublé
Elles accueillent plus de 1.000 000 étudiants
dont seulement 300.000 bénéficient d’études gratuites, les 700.000
autres poursuivent des études
payantes organisées par les universités publiques. Un tiers des étudiants
font leurs études dans les écoles supérieures non-publiques créées en
Pologne après la chute du communisme
Le
deuxième domaine important de la modification du système éducatif est sa
structure. Ici également
deux éléments nécessitent prioritairement le renouvellement. Le
premier c’est l’éducation préscolaire. Le réseau des écoles maternelles
d’autrefois a été fortement décomposé après que leur gestion a été
transférée aux collectivités locales (plus de 4000 établissements ont été
fermés). Cela est dû en partie
seulement au taux de natalité en baisse et de chômage en croissance. La
raison la plus importante est liée aux problèmes financiers des communes et de
leurs habitants. Les parents couvrent les coûts des repas des enfants, les
activités complémentaires proposées et les frais supplémentaires pour les
enfants qui restent à l’école plus de 5 heures par jour. Ces dépenses représentent en moyenne de 11 à 22% des salaires des parents
d’élèves.
L’éducation
préscolaire n’est pas obligatoire et elle dépasse à peine 40% pour les
enfants agés de 3 à 5 ans. Nous sommes conscients que ce chiffre est loin d’être
satisfaisant même si les enfants de 6 ans sont majoritairement scolarisés.
Cette formation, non obligatoire, a lieu dans les écoles maternelles ou bien
dans les écoles élémentaires (“l’année zéro“).
Les
changements dans ce secteur s’imposent mais s’avèrent particulièrement
difficiles à introduire dans la situation où l’éducation préscolaire est
une obligation des communes, tandis que les moyens qui lui sont destinés sont
transmis à celles-ci en subvention globale. Cette
subvention couvre 70% des dépenses éducatifs de la commune et est fort
insuffisante pour satisfaire à tous les besoins sur le terrain. Ainsi toutes
les démarches dans ce domaine sont-elles conditionnées par l’augmentation
des moyens financiers.