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De
la Volonté de vivre La
manière dont les hommes se comportent devant la mort m’a toujours
intriguée. Mais
que je vous donne, après l’avoir plus ou moins clarifié, mon point
de vue. Je
concèderais bien volontiers que la vie des hommes semble plus riche que
la nôtre. Mais
restons concentrés et concrets ; revenons donc à ce qui nous
rapproche : Quand
il s’agit de la mort, la pensée de l’homme oscille entre, d’une
part, Heureusement !
Vous avez des philosophes et des penseurs qui savent parfois remettre
les pendules à l’heure. Ceci
étant, bien avant eux, Sénèque et
tant d’autres, ont partagé cet avis ; il encourageait, lui
aussi, Mais
celui qui me paraît avoir le mieux réfléchi à la mort et à la place
qu’elle devrait tenir dans l’esprit des hommes, En
bref, il considère que la nature ne parle pas de la même voix Pourtant,
la Mère Nature, elle, s’exprimera
bien différemment. Elle affirmera péremptoirement : Car :
« Seul celui qui sait réellement
embrasser et concilier cette contradiction manifeste de la nature, Voilà
ce que dit Schopenhauer dans un de ses suppléments à son œuvre
exceptionnelle Et
pour faire bon poids, je placerai dans ce répertoire un texte très
court de Nietzsche où il nous dit J’espère
que ce concept de la mort Kurma
l’Avatar CITATIONS concernant LA CAMARDE à la rubrique des ENSEIGNEURS
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Merci pour tes vœux,
Cher Castor. Je
suis sûre que toute notre petite confrérie les accepte avec grand
plaisir. Comme d’ habitude ton message est si riche en
considérations sur la nature humaine que je suis bien dans
l’embarras pour répondre à toutes.
Sans hésitation, je
prendrai l’idée qui accroche le plus mon esprit, et je me contenterai
d’elle pour formuler la réponse que tu as l’air de m’inviter à
donner. Evidemment cette idée sera celle de
placer l’éducation au plus haut niveau des préoccupations des
êtres humains. C’est en effet une idée très noble. Savante
et niezschénne Pourtant avant d’entrer
dans le vif du sujet je voudrais, si tu le permets, ouvrir une petite
parenthèse. Il semble que tu souhaites m’affubler, tout comme
d’ailleurs le responsable du site sur lequel sont étalés nos débats
animalesques, d’un titre qui sans doute m’honore,
mais ne satisfait pas du tout mes
misérables méninges de batraciens : celui de « Savante
nietzschéenne tortue ». En 2007, je m’étais présentée comme
« Kurma l’Avatar », après avoir pris soin de justifier
mythologiquement ces deux vocables qui constituent, pour moi,
un blason des plus sympathiques. Et voilà que tu leur en
substitues, en 2008, deux
autres qui me font froncer les sourcils. Réglons le sort du premier: savante,
quelle que soit la connotation que tu lui donnes, je ne pense
l’être ni plus ni moins que n’importe quel autre membre de notre
petit aréopage de bestioles en vadrouille intellectuelle. Quant
au second - nietzschéenne
- je le réprouve
avec vigueur, ne serait-ce que par respect pour la pensée du personnage
évoqué. En effet, la pensée
de Nietzche, ce grand philologue, me
semble aussi éloignée que possible de l’idée de former des adeptes
ou des disciples, de créer un système philosophique ou une école métaphysique.
Il a d’ailleurs écrit lui-même : « J’ai une peur
atroce que l’on aille un beau jour me canoniser… Je ne veux pas être
un saint, je préférerais être un bouffon… ». Et comment
oserai-je m’afficher comme le porte flambeau des idées d’un tel
penseur ? A mon rang de
tortue, je sais trop bien que, ce faisant, je
ne serais qu’un minable « intercesseur en faveur de la médiocrité ». Nietzschéen ? Pourquoi
pas Nietzschéiste ? Et tu connais déjà ma prévention à l’égard
de tous les « ismes » ? J’ai déjà récusé autant
que je l’ai pu : l’évolutionniste,
le créationniste, le fondamentalisme,
le nihiliste et bien d’autres catégories, jolies petites boîtes
dans lesquelles les humains adorent enfermer leurs semblables. Tâchons
de ne pas les imiter. Je ne suis qu’une Tortue qui essaie
d’apprendre à penser, tu as l’air de l’oublier ?
Une apprentie : pas même une ouvrière. Batracienne,
reptilienne ou chélonienne, sont
les seuls qualificatifs que je revendique, en
ce lieu. Je laisse Mandeika
s’accommoder comme elle voudra de l’étiquette d’alchimiste qui
lui a été attribuée mais je me garderai de la traiter de flamellienne
ou d’hermétiste. Education
ou dressage Ceci étant dit je ne vais
pas me priver, dans quelques instants,
de m’inspirer des idées
de ce grand psychologue qui
a écrit des textes que je trouve extraordinaires sur l’éducation
notamment. Je voudrais, pour commencer, me
départir d’une trop grande naïveté et constater brutalement
que ce que l’on appelle « éducation »
n’est qu’un élevage,
un dressage voire une domestication. Il s’agit d’inculquer à l’élève, un certain nombre de
concepts, de méthodes, de techniques, de valeurs. Il est, en arrivant
à l’école, une chose nouvelle, une matière première en quelque
sorte, et il convient d’en
faire une copie selon un modèle moralement bien défini. Car il
faudra bien qu’il devienne
un bon citoyen, un bon travailleur, un bon contribuable…enfin
quoi, un bon homme. Soyons clair : l’éducation est avant tout un
service d’utilité publique Ce
n’est pas pour rien qu’ils ont utilisé, en français,
des mots comme instituteur
et professeur, pour désigner
les bons ouvriers chargés de former les cerveaux de leurs
rejetons. Il s’agit bien, pour eux,
de participer à l’intégration d’individus
dans une institution donnée,
et ce faisant, de la consolider et de la parfaire.
Pour y parvenir, ils
ne feront que professer
les idées, les concepts et les méthodes préconisées par la société.
Ils accomplissent ce service public dans des
locaux appropriés, des écoles,
qui ressemblent souvent à de petites casernes ; ils sont
assujettis à des horaires et à des emplois du temps minutieusement élaborés ;
ils doivent suivre des programmes bien remplis à l’intérieur
desquels rien n’est laissé au hasard. Je ne pense pas que les
tortues, ni les grenouilles, ni les castors, pour aussi intelligents
qu’ils soient, seraient capables de construire un système aussi
sophistiqué pour atteindre un semblable objectif. Ils ont un système
éducatif qui fonctionne bien, somme toute. C’est-à-dire
qu’il fonctionnerait bien mieux, je suppose, si
la société qui le gère était forte et stable. D’ailleurs,
si nous lisons bien l’Histoire
– ou même si nous observons bien les résultats obtenus pas des éleveurs
d’animaux ou encore ceux d’expériences faites dans des laboratoires
par des savants, des vrais –
nous constatons que la société
n’est forte et stable que si elle se trouve dans une situation
dangereuse où elle doit lutter, combattre contre des circonstances,
contre un environnement défavorables. Les
années passent, enfin vient
le moment où ces conditions s’améliorent : la nourriture
abonde, la maladie recule, la sécurité est plus grande, le bien-être
et la surabondance règnent. De telles circonstances ont toujours
perturbé le système d’éducation en vigueur qui commence à paraître
inadapté, archaïque. La
dureté des règles autrefois protectrices de la société
en danger ne s’avère plus nécessaires . Il faut s’en débarrasser. Mais
des perturbations graves se produisent : certaines formes de dégénérescence
voire de monstruosité sont souvent observées. L’individu
ose se montrer, se détacher du groupe. La vie devient plus généreuse,
plus diversifiée et elle
rend la vieille morale inutile, intempestive. Pour employé un mot que
tu as si bien choisi, Cher Castor, tout s’enchevêtre dans un véritable
labyrinthe de cultures parfois antagonistes, de recherches effrénées
de nouveautés, d’expériences sans fins et sans but précis. Le
temps passe et de nouveau le grand danger resurgit; lui seul pourra
corriger les anomalies en rétablissant la morale. Mais quelle
morale ? Ce sera forcément celle de la médiocrité. Je te renvoie
là, mon Ami rongeur, aux idées
que nous exprimions, déjà l’an dernier,
lorsque nous parlions de politique. Dans un texte magnifique, Nietzsche
décrit magistralement et mieux que je ne le fais, ce
long processus ; je m’en suis tellement inspiré que j’ai dû
le plagier. Tu pourras apprécier toi-même car je vais le recopier et
te l’adresser en tant que citation. (Annexe – 1) Mais
ce cycle infernal, cette succession de circonstances qui semblent inévitables,
peut-il être interrompu ? Les hommes se doivent de prouver qu’il
peut l’être ! Un commencement . Il
semble qu’ils se trouvent,
actuellement, à ce moment
précis du processus de flux et de reflux du grand danger. Et pourtant, ce
qui me trouble le plus dans leur brillante
organisation, c’est que lorsque les étudiants
atteignent l’âge de vingt-cinq ans environ, leurs aînés leur
déclarent plus ou moins cérémonieusement, comme ils le font depuis
plus d’un siècle : « C’est fini ! Désormais, la
vie active, la vraie vie vous attend ! Le métier, la profession,
la carrière ; le mariage, les enfants, la maison ; les
vacances, les promotions, les décorations et enfin la retraire vous
attendent. Tout est prévu et tout est fort bien organisé. Surtout ne
vous attardez pas, ne traînez
pas! ». Cela était de très bonne politique lorsque leurs sociétés
étaient stables et fortes et surtout, souhaitaient le rester. Ce
n’est plus le cas aujourd’hui. Et la médiocrité s’installe inéluctablement « C’est
fini ! » Ce la
signifie que les « éduqués »
peuvent se sentir débarrassés du souci de former leur esprit. Celui-ci
a été bel et bien constitué, sinon institué par de bons instituteurs.
Et la plupart sont bien
convaincus qu’ils sont parvenus à un terme! Pas seulement les élèves
qui ont été écartés du système et l’ont quitté en détestant les
livres, la lecture, les pensées et l’esprit… Mais les autres aussi :
tous ceux qui vont faire partie de cette grande masse d’humains
et à la disposition desquels
la société mettra généreusement les journaux, la radio, la télévision,
le cinéma et quantité d’autres instruments de culture et d’éducation,
gérés professionnellement par des « instituteurs »
de tout acabit. Souvent des experts en médiocrité et des spécialistes
en économie C’est le moment pour moi,
la Tortue, de protester et de tirer la sonnette d’alarme comme
ils disent. L’esprit, comme n’importe quelle autre partie de son
corps, serait définitivement
et entièrement développé dans les vingt premières années de la vie
d’un homme? Le système respiratoire : je veux bien ; le
squelette : oui ! Pourquoi pas ? Mais l’esprit ?
Quelle absurdité ! Certes, il a été formé et modelé,
conditionné et calibré comme un bon produit dont
la société pourra disposer. Mais entièrement développé ?
Non ! Certainement pas ! Pour
survivre, les hommes doivent échapper à ce cercle vicieux et
promouvoir délibérément le
développement de leur esprit. Ils ont remplacé
les instincts qu’ils
partageaient avec nous, par
leurs connaissances, leur intelligence, leur conscience. Et ils arrêtent
brutalement le développement
de ces instruments exceptionnels avant qu’ils n’arrivent à maturité !
Mais la vraie éducation
doit commencer, pour eux, le
plus tôt possible et durer
aussi longtemps que possible ; leur conscience étant un outil
d’autant plus dangereux qu’il est embryonnaire
et incomplet. Qu’ils se hâtent plutôt d’en faire un outil
bien maîtrisé ! Libérer
l’esprit Une éducation digne de ce nom requiert l’aide d’éducateurs authentiques, de ces grands enseigneurs dont parle Mandeika, de penseurs libres, et c’est bien rarement dans les écoles et certainement pas dans les églises que l’on rencontre ces personnages hors pair. Alors, je suis d’accord avec toi, Cher Castor, pour dire que cette éducation-là « devrait être numéro un sur l’échelle des valeurs humaines ». Elevage, dressage sont certes des actions indispensables, même si les mots pour les désigner ne sont pas politiquement très corrects. ( Pourquoi parler ne pas parler d’instruction, comme on le faisait autrefois ?) Mais ce n’est que lorsque ces actions sont terminées que tout devrait commencer. Tu nous donnes, mon Ami Rongeur, quelques recettes pour parvenir à la maîtrise des connaissances et de l’éducation ; tu dois bien te douter que je ne partage pas entièrement ton avis lorsque tu évoques le rôle que devrait jouer l’église et la religion. Cependant tu me donnes envie de t’imiter en donnant, non pas des recettes pour accomplir cet élargissement de la conscience humaine, mais en indiquant la direction de ce chemin cahoteux et désertique qui devrait y mener. Le passage obligé réside dans la prise de conscience des chaînes multiples avec lesquelles chacun est ligoté, immobilisé, figé. Son langage, son pays, sa religion et sa morale, par exemple, pour commencer; et un jour, beaucoup plus tard sans doute, son bonheur, sa raison et sa vertu. Passage périlleux qui ne peut être franchi qu’avec une grande prudence, beaucoup de patience et aucune précipitation! Car là, les dangers sont énormes ; les déperditions inouïes. L’anarchisme, le pessimisme ou le nihilisme sous toutes ses formes gardent leurs portes grandes ouvertes, pour certains. Soyons clairs, il s’agit en fait, de libérer l’esprit que l’on vient juste de ligoter dans des règles et des conventions, en lui faisant prendre conscience de ses erreurs. Notre époque moderne connaît bien l’abominable et cruel dilemme que cette situation engendre très souvent. Les catastrophes sont fréquentes.
« Si rien n’est vrai, tout est permis » disait
Mandeika dans un de ses messages du mois de septembre l’an
dernier, souviens toi. «
Alors on n’a plus qu’à rendre son billet … »
continuait-elle en citant Dostoïewski.
J’ai cité pour ma part, un autre
jour, Goethe qui
s’insurgeait contre Voltaire
en dénonçant « sa licence et son effronterie ». Le
nouvel humanisme L’avènement
de ce nouvel Humanisme dont parle Mandeika,
pourrait bien alors venir couronner les efforts
des individus qui se montreraient les plus audacieux. Je concède que
l’homme est l’animal le plus fort et sans doute le plus rusé, mais
il ne sera que cela tant qu’il n’aura pas acquis les moyens de guérir
définitivement de sa maladie. Pourquoi « l’année du Rat » ne serait-elle pas consacrée à l’éducation ainsi conçue? Je contesterais toutefois la durée de cette consécration si elle devait se limiter à une seule année. Car si une telle éducation concerne d’abord chaque individu, elle devrait ensuite gagner des sociétés entières. Il y faut du temps. Merci encore pour tes vœux !
Et souvenons-nous qu’en Inde le rat est la monture de Ganesh, le dieu de la chance et de la sagesse. Kurma l’avatar |
Chère
Mandeika,
En
2007, je suis tombée sur tes
extraits de l’œuvre de Hermès Trismegiste qui
ont piqué au vif ma curiosité. La petite fenêtre que tu avais entre-ouverte
sur la « Table d’émeraude » m’a poussée à
feuilleter quelques ouvrages pour
en savoir plus. Avec toute la rapidité dont je suis capable, je reviens
lentement de ces expéditions pour
étaler quelques pensées sur le sujet. Mais entre temps, tu nous a gratifié
d’une belle page pleine d’humour et de mélancolie sur le « syndrome
de la grenouille bouillie ». Je suis décidemment
bien lente et je mérite bien ma réputation. Je te livre tout de même
les idées que j’ai glanées et tu en feras l’usage qu’il te plaira.
Je
sais que tes connaissances alchimiques sont vastes et, en y pensant, je
me souviens avec émotion de certains moments que nous avons passés à
bavarder dans une ruelle parisienne hantée par le souvenir du grand Nicolas
Flamel ; nous étions près de la maison où il officiait et dans
laquelle il aurait découvert la recette de la pierre philosophale. Une
grenouille et une tortue devisant dans une venelle du vieux Paris et dans la
cave de Nicolas Flamel, en quoi cela surprendrait-il quiconque ? En
tout cas, les passants ne s’arrêtaient pas devant ce spectacle presque
incongru.
Après
t’avoir souvent écouté discourir sur cette période de l’histoire de
l’esprit humain et parcouru un certain nombre de textes sur le sujet, je
crois comprendre un peu mieux tout
l’intérêt que tu portes à l’alchimie et donc à l’hermétisme. Sacrée
grenouille enseigneuse ! Tu manques rarement ta cible !
Chez
C.G.Jung, j’ai d’abord appris que « l’alchimie » et « le
christianisme » ont fait un bon bout de chemin ensemble. Pas toujours en
parfaite harmonie, il faut le dire. La deuxième partie du
fameux principe :« moi en dessous de Dieu et lui en dessous
de moi », n’était pas de nature à rasséréner tous les chrétiens,
on peut le comprendre. Et pourtant l’ « œuvre alchimique »
aurait été parfois célébré comme l’ « opus divinum » de la
messe, paraît-il. Confusion regrettable pour certains qui y perdirent la vie.
Jung
rappelle aussi que ce fut là le
véritable point de départ de la grande aventure de l’esprit scientifique
dont les conquêtes ont précipité l’évolution de l’environnement de
l’homme, de sa manière de vivre, de sa manière de penser. « L’alchimie
est l’aube de l’ère des sciences de la nature, qui a contraint , par le démon
de l’esprit scientifique, la nature et ses forces à se mettre au service de
l’homme dans une mesure jamais atteinte auparavant », dit C.G.
Jung dans Synchronicité et
paracelsica.
Puis,
je me suis demandé pourquoi les
alchimistes employaient si souvent un langage occulte, hermétique, bien sûr.
Et Jung fournit là de nombreuses
explications. Il dit entre autres que l’on ne saurait transformer une réalité
vivante et évolutive en quelque chose de statique. Le symbole serait donc ici
plus approprié que le concept pour
décrire une réalité difficile à saisir et que l’on ne peut appréhender
sans une certaine participation émotionnelle et certainement pas par « l’ingérence
grossière de l’évidence ». Et
lorsque la réalité qui nous
entoure est hors de la portée des outils parfois encore modeste de la compréhension
scientifique, il est parfois admis que l’émotion peut s'exprimer, ouvrant un
vaste champ libre, rapidement investi par la métaphysique, l’art, les
religions…mais je crains que l’on ne soit plus alors, dans le domaine
scientifique.
Je
suis presque certaine, moi la tortue, que les hommes ont tout intérêt à
conserver une franche séparation
entre science et tout « ce qui n’est pas science ». Peut-être
faudrait-il qu’ils admettent modestement
que leur raison a des limites et qu’elle doit donc coexister avec « ce
qui n’est pas la raison ».
L’espèce
humaine, contrairement à la tienne ou la mienne, a réussi, pendant les deux
ou trois dernières dizaines de milliers d’années - des broutilles - à se
doter d’une raison qui
est devenue la caractéristique principale de l’humanité. Et c’est
seulement pendant les tous derniers dix mille ans que l’esprit scientifique
a péniblement vu le jour ; dernier né d’une évolution turbulente,
chaotique souvent brutale, il trouva son chemin après avoir franchi de
multiples phases dont les plus importantes sont le langage, les religions,
l’alchimie et l’astrologie, la métaphysique et l’ésotérisme, les
arts. Rien d’étonnant à ce que ces étapes toutes récentes, somme toute,
de l’édification de ce que l’homme appelle la Civilisation, laisse des
traces persistantes très souvent, dans l’édifice de la culture chez chaque
individu isolé.
D'ailleurs
un de leur penseur a dit : « Il faut avoir aimé la religion et
l’art, comme on aime une mère et une nourrice - autrement on ne peut
devenir sage ». Peut-être faudrait-il ajouter à la religion et à
l’art : l’alchimie, l’astrologie, la magie... Autrement dit, notre
débat « Evolutionnisme – Créationnisme » ,ne serait-il pas le
symptôme d’un manque de maturité de l’homme ? Le développement de
l’esprit de chacun atteindrait un degré particulier qui lui est propre et
qui dépendrait, en partie, des connaissances historiques qu’il a pu maîtriser.
Chacun devrait donc voir dans autrui, le représentant de cultures diverses et
ne pas s’en étonner : et s’il peut voir chez l’un des éléments
d’une culture avancée, il apercevra, chez l’autre, des manifestations de
la plus terrible barbarie.
C’est
là que je décide d’arrêter mon bavardage. Pour les plus curieux je
pointe le doigt vers un des textes de
ce penseur que je viens de citer, dans lequel il s’amuse à prédire ce que
pourrait être l’« évolution humaine » dans certaines
conditions. L’évolution de cet être si bizarre et si modeste qui nomme sa
propre histoire « histoire universelle ».
Kurma
PS
– Je me permets d’interpréter ton message sur le « syndrome
de la grenouille bouillie » (SGB) comme le signe que nous avons
provisoirement épuisé le grand
sujet « Evolutionnisme ou
créationnisme » et que nous ouvrons un nouveau chapitre : celui de
la protection de notre environnement. Faisant
partie d’une espèce considérée, dans certains endroits de notre planète,
comme menacée d’extinction, je serais bien la dernière à m’en plaindre.
Or
je viens de retrouver un aphorisme de Nietzsche (« Où
l’indifférence est nécessaire »)
dont la signification,
telle qu’elle parvient à ma cervelle presque fossilisée après plus de
deux cents millions d’années sans évolution, constitue une excellente
transition entre ces deux sujets tellement débattus. Je ne résiste pas à
l’envie de le placer dans mes citations du jour en
invitant tout un chacun à en faire son profit.
En
effet, comme tu le verras, le penseur s’efforce de changer quelques priorités
dans la vie des humains en commençant par vilipender tous les dogmatistes
religieux aussi bien que les dogmatistes philosophes. Et s’il indique que « ce
qui est nécessaire vis-à-vis de ces choses dernières, ce n’est pas le savoir
opposé à la croyance, mais l’indifférence à l’égard
de la croyance et du prétendu savoir en ces matières »,
il
invite aussi ses coreligionnaires (notamment ceux en irréligion sans doute)
à concentrer leur attention
sur le « proche » ; c’est ainsi qu’il suggère :
« Il
nous faut de nouveau devenir bon prochain des objets prochains ! et ne
pas laisser, comme nous avons fait jusqu’ici, notre regard passer avec mépris
au-dessus d’eux, pour se porter vers les nues et les esprits de la nuit ».
Il
est grand temps que les humains s’occupent de ce qui les regarde, de ce qui
les touche de près et notamment de ce SGB qui menace la vie entière sur
cette terre. En tout cas, il ne fait, pour ma part,
aucun doute, que l’homme doit, sans tarder, changer la direction dans
laquelle il oriente son indifférence et cesser de toutes urgences « de
mépriser le
présent et le
prochain et la
vie et lui-même »
Je
ne terminerai pas, Chère Grenouille, sans
te dire à quel point je partage ton indignation devant ce nouvel outrage que
tu viens de subir; et bien sûr sans souhaiter la bienvenue à notre nouvelle
amie la Chouette qui pourrait bien nous apporter un supplément de sagesse.
Kurma