Courriels adressés à la Tortue et à la Grenouille par la Mangusta , le Castor et Il Lupo Francesco


Quelle sagesse dans ce conte!.

Qu'est- ce qu'elle est mignonne , la tortue cherchant une âme soeur à qui exposer ses pensées proches au coeur!.

Hélas, cette âme-soeur n'existe pas et elle doit se contenter de quelqu'un qui change de cool.

 Il n'y a  pas de mal, d'être parfois différent, à moins que tu ne blesses personne en enlevant le masque.

Chaque individu a besoin de ça. On ne peut pas toujours rester dans sa peau, il faut avoir obligatoirement quelque chose qui te serve de comparaison,de balance, afin de bien t'orienter là ou tu es.

 Le monde est multispectaculaire et on doit avoir de la lumière partout. Le masque est nécessaire non pas pour se cacher derrière, mais pour le mettre quand on veut s'abriter au milieu du calme. Il est une sorte d'armure qui nous protège contre la monotonie, la stupidité, l'arrogance, l'imperfection de ce monde

Castor - 26/01/07

 


La vie, ce magnifique carnaval!

La petite Grenouille est une espèce privilégiée: elle peut se déplacer deux fois plus vite que la Tortue.
Dans l'eau elle est comme si elle avait mis un masque de poisson et sur terre, un masque de reptile.
Ces deux masques lui servent fidèlement en vue de se faciliter les mouvements en avant, en arrière, à gauche, à droite.
Attention, ça n'a rien avoir avec le masque du politicien - un signe de son impuissance.
 Le masque de la Grenouille, c'est son deuxième ego, un objet indispensable, utile, pratique, porteur de puissance morale.

Et je me demande comment serait le masque d'une personne ordinaire qui vit loin des farces du monde matériel.
Cet individu n'est-il vraiment pas préoccupé uniquement si quelque chose ou quelqu'un renverse son système de  valeurs spirituelles. ?
Alors la vie devient absurde et inutile. Pour éviter des actes fatals, il met un masque de sauvetage qui étincelle, brille, protège, abrite, calme, encourage, console, fait retourner l'espoir ébranlé. Un vrai bouclier  aidant à  se retrouver sur une île ensoleillée où il n'y a ni gouvernements, ni misère, ni voitures de luxe. Cette île a différents visages; un boulot agréable, un amour partagé, un ami sincère, une occupation caritative.

Je suis persuadée que ce masque assurera à cent pour cent une sérénité abondante,  alimentée par la fidélité à soi-même et à celles et ceux qui autour de nous  le méritent.

N'hésitez pas à vous procurer cette jolie décoration !
Finalement la vie, n'est-elle pas un carnaval sans fin?

Flo-Vert le 28/01/07

 

Noi siamo delle stelle filanti, che si srotolano allegre e tristi nella bellezza immota di un carnevale vivente,stupite dai colori del cielo e dai sorrisi evanescenti delle maschere mimetiche,intrise  a loro volta di profumi camaleontici, felici e timorose dei raggi del sole del domani, timide ed arroganti nei loro colori,fluttuanti e torride nelle loro vesti antiche,serene e allegre, ammiccanti al mondo, Sirene degli Argonauti e di Ulisse,pozioni della Maga Circe che, al Circeo...trasformava gli uomini....in Maschere.

La mangusta 04/03/07


Où allons-nous ?

Réponse du Castor à la Causerie 4 de la Tortue

Chère Tortue
Tu veux, peut-être, savoir comment j'ai évolué et si je me suis bien développé au cours des millénaires.
Ce n'était pas difficile.
Au début je me déplaçais à quatre pattes.
Maintenant je me tiens debout.
Au début je me nourrissais de plantes et de viande en vue de survivre.
Maintenant je tue des animaux pour me sentir bien à l'aise, le ventre plein et l'âme en fête.
Au début je poussais des cris indistincts exprimant peur ou joie.
Maintenant je ne cesse pas de parler, d'une voix changeante selon le cas, en faisant un grand bruit autour du monde,
tel un Parlement.
Dois-je continuer pour te convaincre de mon évolution parfaite?

Non, n'est-ce pas, car tout est visible, irréductible, crédible.
Moi qui suis omnipuissant, je peux transformer ta copine la Grenouille en un plat délicieux et coûteux et ta carapace- en un objet laqué décorant les vitrines des snobs riches.

Tu vois, je peux tout- créer, dévaster, aimer, détester. Je maîtrise l'Univers. car j'ai Evolué, je ne suis pas comme toi,

une simple Tortue, connue pour sa fidélité naïve et la lenteur de ses pattes, au lieu de quitter sa maison et se mettre derrière le volant d'une mercedes.
Dis-moi, chère Tortue, me suis-je bien développé? Les têtes savantes disent Oui, car j'ai inventé la roue, l'électricité, Internet.

Bravo! Flatté et confus à la fois, je continue:  la bombe atomique, les gratte-ciel et l'aliénation, car l'argent me fascine avec le tintement de son métal et le froissement de son papier en soie et me rend sourd aux souffrances des souffrants.
Est- ce que tu sais où nous allons, moi, mon fils, son fils? Car je le sais- vers un point final après lequel il n'y a plus de développement, mais là, l'Evolution continue. Vers ce point final, je ne voudrais aucunement m'approcher triste, déçu et insatisfait.

Alors, quoi faire? Accepterais-tu de te rejoindre pour retrouver chez toi ce que je n'ai pas eu au cours du temps, tout pressé de me développer de plus en plus?

 Je voudrais  très fort imiter ce que Mark Twain avait fait:

" Quand les brutalités des hommes m'auront dégoûté   suffisamment, j'irai chez les animaux.
  Là, je chercherai l'humain." 

 

 Ainsi parlait le Castor le 25/04/07 ...
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Réponse de la Tortue le 25/05/07 :

Cher Castor,

Merci pour ton message. Je pensais que, sur ce petit forum, nous resterions entre nous, les animaux. Alors, je me suis dit : « Tiens ! Un castor ! Le point de vue d’un mammifère vivipare n’est certainement pas à négliger ».  Mais j’ai vite compris que ton nom m’a induite en erreur. Que je sois dans l’erreur ou dans la vérité, je ne parlerai ni de masque ni de simulation aujourd’hui.  Mon amie la Grenouille et moi avons déjà noirci pas mal de papier sur le sujet, bien que nous ne l’ayons pas épuisé, loin de là.

D’ailleurs, tu soulèves tellement de questions importantes dans ta lettre, que je n’ai que l’embarras du choix.

Je concéderai, bien volontiers, que l’évolution de l’homme a été extraordinaire, ces temps-derniers. Cependant, cette station verticale dont tu es très fier, me semble bien précaire : ne le voit-on pas débuter sa vie à quatre pattes et la terminer sur trois. Bipède, il l’est sans doute pour de très brèves années. Entretemps,   il a appris à parler, c’est vrai.  Et cela constitue certainement un grand moment de son histoire. Le point de départ, sans doute, de l’Histoire Universelle comme vous l’appelez  en toute simplicité.  Juste quelques petits millénaires pourtant. Il a aussi inventé l’écriture. Là, je ne résisterai pas à l’envie de te raconter cette légende chinoise sur l’origine de l’écriture. Comme tu le sais, sans doute, les chinois furent les premiers terrariophiles au monde.

Voici ce que dit cette légende. Lorsqu’elle est exposée, pendant quelques minutes dans le feu et les flammes, notre carapace, présenterait des craquelures et des fêlures remarquables dans lesquelles les savants et les devins ont vu des symboles qu’ils se sont empressés de transcrire.  Ces motifs seraient à l’origine des premiers idéogrammes qui ont, peu à peu, donné naissance à tout le système d’écriture chinois.  Par ailleurs, les formes des écailles, sur notre carapace, auraient inspiré les devins dans l’élaboration de dessins magiques sur la base desquels furent représentés les chiffres.  Si tu veux bien : rendons à César… !

Je n’ai aucune difficulté à admettre que vous êtes devenus « tout puissants ». Et la liste des exploits que vous avez accomplis est sans fin. Je trouve bien réduite celle que tu me présentes, mais je mets cela sur le compte de ta modestie qui contraste avec la prétention et l’arrogance du genre humain sur notre terre. Ton espèce est convaincue qu’elle est le point d’aboutissement, le but et la raison d’être de l’Evolution. Mais quel délire !  Quelle folie ! Permets-moi aussi de douter de la perfection de cette évolution.  L’homme moderne me paraît plongé, de nos jours, dans une confusion inouïe, et le chaos qui semble régner dans son esprit est indescriptible. 

J’aimerais maintenant te donner mon avis sur cette irrépressible envie que tu éprouves de « retourner à la nature ». D’après moi, tu es là en pleine utopie. Dis-toi bien que c’est fini ! Et certaines religions l’on parfaitement bien expliqué : que ce soit la faute à un quelconque reptile, un lointain cousin, ou à une quelconque pomme, un vulgaire végétal, il n’y a plus rien à faire ! Le « paradis » est perdu et bien perdu !  La religion, la connaissance, la science, mais aussi le langage, l’écriture, la conscience, …toutes ces chaînes ont accompli leurs effets : l’homme ne saura plus jamais se conduire comme un animal. Mais il ne devrait pas, pour autant, fausser le rapport qu’il a établi avec l’animal et la nature. D’ailleurs ne sommes-nous pas tous des produits de cette nature ?

Il est une grande chose que nous partageons avec vous: c’est la vie. Et si l’animal a, en général, gardé tous ses instincts de vie, l’homme semble avoir perdu les siens. La brutalité, par exemple, qui semble te préoccuper, fait partie de la vie tout comme la violence, la cruauté, la perfidie, la méchanceté, l’envie de détruire.  Les animaux paraissent   mieux gérer tous ces états d’âme que l’homme ; lui, il préfère nier  leur existence quitte à les voir exploser soudain provoquant  des hécatombes stupides et inutiles

Et tu n’as nullement besoin de te rendre chez les animaux, comme le suggérait Mark Twain, recherche ce que tu crois avoir perdu, chez toi, en toi : tu y trouveras l’humanité et l’animalité.  Votre problème c’est que vous vivez une époque de construction d’énormes masses d’unités interchangeables : elles sont réduites au rôle de fonctions. Noyé dans ces masses, l’homme moderne est devenu fatalement trop grégaire. L’individu doit se réveiller, s’affirmer, se construire, « devenir ce qu’il est ».  Certes, il ne peut le faire qu’en sortant de la norme, de la masse, et c’est bien là qu’est la difficulté. La tâche est énorme, l’ouvrage est à remettre sans cesse sur le métier, pourtant le résultat est souvent un chef d’œuvre, le Grand Œuvre peut-être. Et ce sont ces chefs d’œuvre invisibles comme des astres lumineux trop lointains qui éclairent le chemin à suivre par l’humanité pour laquelle je nourris, moi la tortue, les plus grandes ambitions.

S’il parvient à atteindre ce niveau, ce n’est pas  « triste, déçu et insatisfait » que l’homme  s’approchera de  ce point final que tu évoques, mais content d’avoir construit ce petit pont que ses fils et ces petits-fils pourront  emprunter,un jour, pour construire l’indispensable homme de demain.

Cordialement,

Kurma

 


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Réponse du Castor le 14/06/07

Chère Tortue,
Ta légende pour les lettres chinoises m'a beaucoup intéressé.

Seulement, toi et moi, nous parlons des langues différentes et il est possible que je n'aie pas compris quelque chose.

Saint-Exupéry nous avait dit que la "langue est une source de malentendus". D'où un traitement faux de la légende.On se demande:"Faut-il brûler  la carapace sèche pour en obtenir des lettres éclaircissant l'esprit? Ce serait la question que la légende suggère.

 Je dirais: Oui. Au nom de l'éveil spirituel, tout et permis, y compris les actes destructifs,.

car, après cet éveil, arrive la liberté totale: morale, physique, personnelle, sociale.

C'est pourquoi j'ai aimé la légende.
A mon tour, je voudrais te raconter une histoire bouleversant profondement notre communauté de castors. Elle est triste à mourir et nous fait pleurer tous, surtout nos petits.

La voici:
Un après-midi, au coucher du soleil, un Berger jouait de la flûte en regardant son troupeau de brebis se reposer après le pâturage. Un peu à l'écart il y avait un petit mouton qui bêlait sans cesse et ses larmes couvraient tout son visage.

Le Berger demanda:"Pourquoi pleures-tu, mon petit mouton?" Celui-ci expliqua: "Te souviens-tu, Berger, il y a dix jours, le fleuve est arrivé trop fort, le troupeau fut coincé sur l'autre rive,tu étais juste en face, tu criais, hurlais, suppliais le bon Dieu que le torrent n'entraîne pas le troupeau dans ses eaux violentes. Ce fut alors ma mère Rogoucha

qui ramassa toutes ses forces et eut le courage de faire passer le troupeau par les eaux bouillonnantes. Ma mère, elle , sauva le troupeau.

Tu attendais sur la rive opposé, sans plus de forces, mais heureux, et embrassais tous les brebis l’une  après l'autre. Et à travers les larmes, tu as dis à Rogoucha:

" Je vais couvrir tes cornes d'or et tes pattes d'argent"

Seulement, le lendemain, sont venus  les marchands de viande, et tu leur as vendu Rogoucha. C'est pour cela que je pleure maintenant. pour ma mère vendue aux bouchers"
Le Berger resta muet , immobile, consterné. Il interrompit sa musique et sa flûte ne sonna plus jamais. Toute la forêt retentissait des bêlements prolongés du troupeau."
C'est l'histoire.

Tu comprends maintenant pourquoi je t'avais parlé  de Mark Twen, pourquoi je pense que les animaux sont plus humains et que c’est là qu’il faut chercher le remède pour nos blessures. Qui choisis-tu, le Berger ou Rogoucha? Et qui est le plus détestable, le berger ou le marchand ? Tu voterais pour Rogoucha, j'en suis sûr, repliquant tout de même que le Berger devrait assurer son existence. Mais, quelle serait cette existence assurée contre noblesse, abnégation, générosité, courage? Quand il"va se réveiller, s'affirmer, se construire, devenir
ce qu'il est, se détachant de la masse", comme tu dis,s'il a besoin de ressources matérielles?

 Le berger, connaît-il le prix de la gratitude?
Tu me répondras, j'espère, comme tu voudras.

De toute façon, tu es dans une position favorable, grâce à ta carapace solide.

Tu sais, mes poils me rendent vulnérable, donc, plus facile d'être convaincu et neutralisé en cas d'avis opposé. Soit. Chacun continuera son chemin- tu croiras en l'homme, moi, j'en suis , malheureusement desillusionné. Ainsi va le monde, dans un accord imparfait. Heureusement ....
A bientôt.

Le Castor

Ainsi parlait le Castor le 14/06/07 ...

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Réponse de la Tortue le 30/06/07 :

Cher Castor,

Tu m’inquiètes un peu lorsque tu exprimes ton enthousiasme presque sans borne pour l’esprit humain et ses soi-disant exploits parmi lesquels tu ranges la « liberté totale ». Il est certes vrai que la fierté et l’orgueil de cet esprit sont parfois tels que l’homme a bien du mal à accepter l’idée qu’il descend du singe ; alors,  il s’efforce de creuser un abîme entre l’homme et la nature, entre l’homme et l’animal! L’homme se place ainsi sur un piédestal. Cela doit être grisant ! Cette manière de penser peut permettre de comprendre ton engouement presque fanatique pour les réalisations de l’esprit auquel tu concèdes un généreux droit de destruction ; par contre, il explique moins bien ton attraction pour les animaux que tu trouves « plus humains et susceptibles d’apporter des remèdes à nos blessures. » Les deux positions ne doivent pas être faciles à concilier.

Quoi qu’il en soit, il me semble imprudent de concéder à cet esprit une autorité sans limites. Je suggère que nous le considérions plutôt comme un simple organe que l’on pourrait assimiler à un autre organe de notre corps. A un estomac, par exemple. Chez nous, les animaux, l’esprit est des plus réduits, voire inexistant. Cela est évident.  Chez les humains, il est le plus nouveau et, sans doute, le plus mal développé de tous les organes. Il est donc prudent et sage de ne pas lui porter la même confiance que celle accordée aux poumons, pour assurer la respiration, ou bien au cœur, pour gérer la circulation du sang. D’ailleurs, il n’a pas encore de fonction propre, clairement définie dans l’économie du corps de l’homme. Il est comme un enfant qu’il faut placer sous surveillance et l’aider à grandir. Aussi serait-il dangereux et inconséquent de lui donner trop de pouvoir ; en tout cas, ne lui donnons surtout pas un pouvoir de destruction sans condition. Et s’il le faut, soyons également prêts à lui pardonner (mais que faire d’autre !) ses enfantillages : certaines métaphysiques, religions ou pseudo philosophies, constituent des exploits dont il est responsable et qui ont engendré des catastrophes mémorables tout autant qu’inutiles, d’un point de vue d’un chélonien.

Les histoires, les contes populaires et les mythologies sont aussi à mettre à son actif. Ceux que la mémoire humaine a conservés pendant des siècles, sont toujours très riches en enseignements. Mais contrairement aux apparences, ces histoires ne sont pas toujours facilement accessibles : elles ne sont pas déchiffrées parce qu’elles sont lues. Il faut parfois s’arrêter et surtout ruminer, avant de parvenir à en extraire la substantifique moelle. Il faut donc les interpréter. Je te remercie de m’en envoyer une comme un nouvel os à ronger et qu’il faudra bien rompre.

Si je l’ai appréciée, ce n’est certainement pas pour les mêmes raisons que celles que tu évoques. Il est normal qu’une Tortue ne pense pas de la même façon qu’un Castor ou qu’une Grenouille. C’est bien d’ailleurs pour cela que nous pouvons poursuivre nos longues discussions autour de cette mare virtuelle ou le hasard nous a réunis.

Tout d’abord je voudrais préciser mon point de vue en ce qui concerne la manière de considérer les animaux que nous sommes. Je ne voudrais surtout pas que les humains qui pourraient nous lire, se fourvoient dans de fausses idées et nous prennent pour ce que nous ne sommes pas. Depuis Rousseau, ils ont trop tendance à idéaliser la Nature et à nourrir une grande nostalgie à son endroit, ainsi qu’à se faire des illusions sur la réelle nature animale. La Fontaine que je remercie au passage de m’avoir accordé la victoire lors d’une course épique , avait sans doute déjà préparé le terrain.

En dehors de toutes considérations biologiques ou zoologiques, il me semble de la plus haute importance, de ne pas traiter de la même façon le lion et le mouton, le loup et le veau, l’aigle et l’agneau. Les premiers sont des animaux sauvages ; ils le demeurent même lorsque les hommes les mettent en cage ; les seconds sont des animaux domestiqués, et souvent grégaires, des animaux de troupeau. Cette distinction, je la fais, surtout eu égard à l’homme et pour lui être agréable, lui qui pense être au centre du monde et l'avoir apprivoise. Il n’en demeure pas moins que c’est parfois dans la deuxième catégorie que je le classerais, fort impertinemment, lui et son esprit. Mais, de nos jours, personne ne demande l’avis d’une tortue, sur ces choses-là.

Il se trouve, Cher Castor, que les moutons sont des animaux domestiqués, tout comme les vaches et les bœufs, tout comme certaines catégories de pucerons pour les fourmis. De ce fait, je suis au regret de t’avouer que je me garderai bien de te répondre lorsque tu me demandes de choisir entre le berger et Rogoucha à qui je veux bien rendre hommage pour sa démonstration de courage, lors de son acte héroïque. Tout comme le Général ou l’Homme politique rend hommage au brave soldat qui a donné sa vie pour défendre sa Patrie, n’est-ce pas?  Le troupeau sera toujours, hélas! le troupeau. Mais choisir entre l’animal sauvage et l’animal domestiqué : voilà une question sur laquelle je veux bien me prononcer.

La Tortue que je suis, préférerait, sans conteste, le modèle offert par le loup d’Alfred de Vigny. Tu sais bien, celui qui est mort en déclamant :

Gémir, pleurer, prier est également lâche.

Fais énergiquement ta longue et lourde tâche

Dans la voie où le sort a voulu t’appeler,

Puis après, comme moi, souffre et meurs sans pleurer.

 

Mais l’homme moderne comprend-il encore ce genre de langage ?

Au risque de te décevoir, Cher Castor, je réserverai ma compassion à l’homme moderne que l’on continue de maltraiter en s’adressant à lui comme s’il était un animal apprivoisé, domestiqué et grégaire, ou comme si l’on voulait qu’il le devienne. Cet homme moderne dont on s’efforce d’accroître la médiocrité en le maintenant dans l’angoisse, la crainte et l’ennui de sa propre nature. Cet homme enfin qui semble avoir perdu, dans le chaos culturel où il est plongé, ses repères essentiels et ses meilleures illusions.

J’ose espérer que ta déception n’est pas totale.

 

Cordialement,

Kurma


Message du Castor le 20/09/07:



La Terre vue du Ciel  

Chère Kurma l’Avatar,

Mon long silence a été brisé par une comparaison que j'ai faite entre la Terre et Toi lors de la visite assez prolongée d'une exposition intitulée "La Terre vue du Ciel".
Mes pensées s'envolaient irrésistiblement vers toi.
Tu es étonnée? Je vais t'expliquer.

La Terre est comme une tortue…

Ta carapace, chère Tortue, est tellement dure, tellement solide qu'elle peut résister à un poids  énorme.
En même temps tu es protégée si délicatement que ton corps et ton coeur sont en pleine sécurité,
grâce à cette carapace précieuse.
En regardant l'exposition j'ai réalisé que la Terre est pour les êtres vivants et morts
ce qu'est pour toi ta carapace: abri, refuge, repos, bénédiction, lieu paradisiaque.

Menaces sur la Terre
Seulement, sais-tu, chère Tortue, ce que fait l'homme, celui qui prétend être le plus important des plus puissants?
Il l'écrase, l'incendie, épuise sans relâche ses ressources, la prive de ses forêts, sature son air de ses gaz insupportables à tel point qu'elle commence à étouffer.

Mais Sa Majesté ne s'y intéresse pas. Il est égoïste, vulgaire et arrogant.
Il roule dans des voitures, jette partout ses ordures,, s'enorgueillit de ses victoires nucléaires, organise des safaris et met sous béton les plus frais plis de sa poitrine..

L’espoir …
Heureusement, il existe quelques exemplaires du genre humain épargnés de cette maladie horrible.
L'un d'eux c'est l'auteur de l'Expo qui... photographie, nous découvrant la Terre,notre carapace, du haut d'un vol d'oiseau.
Tu peux respirer, chère Tortue Kurma , rien n'est encore perdu. La chance existe, l'espoir vit, encourageant les découragés.
Si tu veux connaître ce chemin de la guérison, je te conseille d'aller visiter un site internet
Tu comprendras et tu seras moins triste. 
Le site GoodPlanet.org
Un homme, le français Yann Astrid-Bertrand , élève sa voix pour défendre la planète Terre
en s'aidant  de son appareil photographique.
La Terre est en danger à cause des activités déraisonnables des hommes.On la voit malade, désertifiée, polluée, sa beauté sérieusement menacée.
Certes, il y a des solutions : c'est le développement durable et l'éducation sous toutes ses formes.
Si le sort de la Terre vous préoccupe et, parallèlement, si vous voulez contempler sa beauté,
je conseille à tous les Eurosésamis d'aller visiter le site
 http://www.GoodPlanet.org
Vous y découvrirez une information extraordinaire sur la Terre vue du Ciel.

Le Castor 20/09/07

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Réponse de la Tortue le 17/10/07 :

Cher Castor,

Je te remercie pour tes réflexions du 20 septembre. Elles ont croisé mon message du 1er octobre dans lequel je m’efforçais de répondre à mon amie Mandeika
si angoissée par « les questions premières et dernières ».
Ta comparaison de la terre avec la carapace de mon espèce m’a émue et troublée en même temps. En tout cas elle m’a rappelé l’aimable et flatteuse observation
de Mandeika qui disait, dans une de ses premières causeries :
« Tu dois ta mémoire humaniste à ta longévité et à une exceptionnelle faculté : celle de pouvoir à volonté rétracter ta tête sous le dôme de tes deux écailles
dont l’une, carrée, est symbole de la Terre et l’autre, ronde, celui du Ciel. »
Tu poursuis, aujourd’hui, la comparaison en déclarant que : « la Terre est pour les êtres vivants et morts ce qu'est pour toi ta carapace: abri, refuge, repos, bénédiction, lieu paradisiaque. »
Je peux t’assurer que, pour ma part, je ne maltraite pas ma carapace au même point que les hommes maltraitent la terre qu’ils sont en train de transformer en enfer. Et je me réjouis d’avoir anticipé tes justes remarques, en jugeant sévèrement l’esprit humain et certaines de ses soi-disant réalisations, dans mon dernier message.
Je lis dans ton courrier comme une invitation à faire preuve de plus de sévérité encore. Sans hésiter et avec plaisir, je te rejoins dans tes récriminations :
si j’ai dit que « les tortues et le grenouilles se montrent souvent inquiètes de voir l’usage peu rassurant que les humains font de cet « outil »… qui pourrait bien disparaître sans pour autant que l’espèce humaine ne disparaisse elle-même », je suis prêt à ajouter que cet « instrument », souvent si mal utilisé, pourrait être
la cause de la disparition pure et simple de l’espèce humaine mais aussi d’une grande partie de la matière organique, autrement dit, de la vie.
La terre, elle, sera toujours là. Ceci-dit au risque de décevoir nos frères humains dont beaucoup associent à leur propre disparition, la disparition non seulement
de la terre, mais du monde. Quid des espèces végétales et animales déjà si mal traitées. Quelle modestie !
« Vanitas vanitatum homo ! »
Quant aux fourmis et aux abeilles, je laisse volontiers divaguer mon imagination et accepte très bien l’idée qu’elles ont depuis longtemps dépassé le stade
de développement des humains, pour ce qui est de l’esprit qu’elles semblent tenir « en laisse ». Elles se seraient rendu compte soudain des énormes dangers
que ce pseudo-organe aurait fait courir à leur espèce et à son avenir ; elles l’auraient alors sacrifié et remplacé par l’épanouissement extraordinaire de certains
de leurs instincts combien plus efficaces. Grâce à eux, elles seraient notamment parvenus à établir des systèmes sociaux bien plus stables et pérennes que ceux
de certains bipèdes, si fiers de leur science politique et socio-économique. L’organe en question aurait dépéri et seraient devenu un grossier accessoire.
Mais tu n’es pas obligé, cher Castor, de divulguer mon histoire qui s’apparente plutôt à un conte ; à moins qu’il ne soit un mythe que les abeilles et les fourmis se transmettent de père en fils et de mère en fille, bien évidemment. N’en dit rien aux évolutionnistes car ils pourraient être déstabilisés et plongés dans un doute cruel et angoissant ; et « dieu sait » à quels extrêmes l’angoisse existentielle conduit parfois le cerveau des hommes ; je te suggère la même discrétion vis-à-vis des créationnistes qui du haut de leurs convictions et de la certitude que l’esprit est un attribut divin, ne verraient pas d’un bon œil de le voir traiter comme un vulgaire appendice.
Quoi qu’il en soit, ce ne sont ni les fanatiques religieux, ni les fanatiques philosophiques qui nous aideront à sauver la planète qui, encore une fois, nous survivra vraisemblablement. Ils ne sont là que pour nous pousser à donner une réponse à des questions pour lesquelles ni croyance ni connaissance ne sont adéquates.
En pendant ce temps la maison brûle !
Que vive l’indifférence vis-à-vis de la croyance et du prétentieux savoir sur ces questions énigmatiques ! Et occupons-nous, comme tu le souhaites, de ce qui nous est proche et urgent. Enfin, pour rassurer, s’il en était besoin, mon amie Mandeika, j’ajoute que si je dois, un jour, choisir entre l’Esprit-appendice et la Troisième Renaissance, c’est pour cette dernière que j’opterai sans hésiter.

Amitiés,

Kurma l'Avatar le 17/10/07

Intervention de Il Lupo Francesco le 2/11/07: