Annexes à la causerie du 6/05/08

Citations concernant la Camarde

Montaigne :

« Philosopher c’est apprendre à mourir ».

Chamfort:

"Apprendre à mourir, et pourquoi? On y réussit très bien la première fois."

Sénèque

La vie du sage est donc très étendue ; elle n’est pas renfermée dans les bornes assignées au reste des mortels. Seul il est affranchi des lois du genre humain : tous les siècles lui sont soumis comme à Dieu : le temps passé, il en reste maître par le souvenir ; le présent, il en use ; l’avenir, il en jouit d’avance. Il se compose une longue vie par la réunion de tous les temps en un seul.

Nul d’entre eux ne vous forcera de mourir, tous vous apprendront à quitter la vie 

Mais l’art de vivre, il faut toute la vie pour l’apprendre ; et ce qui vous surprendra peut-être davantage, toute la vie il faut apprendre à mourir.

Fais seulement un pas, et tu reconnaîtras qu’il est des choses d’autant moins à craindre qu’elles effrayent davantage. Il n’est jamais grand le mal qui termine tous les autres. La mort vient à toi ? Il faudrait la craindre, si elle pouvait séjourner en toi ; nécessairement ou elle n’arrive point, ou c’est un éclair qui passe.

(Lettre a Lucilius)

 

Marc-Aurèle

– Le temps de la vie de l'homme, un instant ; sa substance, fluente ; ses sensations, indistinctes ; l'assemblage de tout son corps, une facile décomposition ; son âme, un tourbillon ; son destin, difficilement conjecturable ; sa renommée, une vague opinion. Pour le dire en un mot, tout ce qui est de son corps est eau courante ; tout ce qui est de son âme, songe et fumée. Sa vie est une guerre, un séjour sur une terre étrangère ; sa renommée posthume, un oubli. Qu'est-ce donc qui peut nous guider ? Une seule et unique chose : la philosophie. Et la philosophie consiste en ceci: à veiller à ce que le génie qui est en nous reste sans outrage et sans peines ; à ce qu'il ne fasse rien au hasard, ni par mensonge ni par faux-semblant ; à ce qu'il ne s'attache point à ce que le autres font ou ne font pas. Et, en outre, à accepter ce qui arrive et ce qui lui est dévolu, comme venant de là même d'où lui-même est venu. Et surtout, à attendre la mort avec une âme sereine sans y voir autre chose que la dissolution des éléments dont est composé chaque être vivant. Si donc pour ces éléments eux-mêmes, il n'y a rien de redoutable à ce que chacun se transforme continuellement en un autre, pourquoi craindrait-on la transformation de leur ensemble et sa dissolution ? C'est selon la nature ; et rien n'est mal de ce qui se fait selon la nature.

 

Gœthe

Car tout ce qui naît mérite de périr

(Faust)

 

Nietzsche

Il est indifférent comment on meurt.

Toute la façon dont un homme pense à la mort, à l’apogée de sa vie et durant qu’il possède la plénitude de sa force est très parlante et significative pour ce que  l’on appelle son caractère ; mais l’heure de sa mort par elle-même, son attitude sur le lit d’agonie, n’entrent presque pas en ligne de compte. L’épuisement de la vie qui décline, surtout quand ce sont des vieilles gens qui meurent, l’alimentation irrégulière et insuffisante du cerveau pendant cette dernière époque, ce qu’il y a parfois de très violent dans les douleurs, la nouveauté de cet état maladif dont on n’a pas encore l’expérience, et trop fréquemment un accès de crainte, un retour à des impulsions superstitieuses, comme si la mort avait une grande importance et s’il fallait franchir des ponts d’espèce épouvantable, - tout cela ne permet pas d’utiliser la mort comme un témoignage concernant la vie. Aussi n’est-il point vrai que , d’une façon générale, le mourant soit plus loyal que le vivant : au contraire, presque chacun est poussé par l’attitude solennelle de son entourage, les effusions sentimentales, les larmes contenues ou répandues, à une comédie de vanité, tantôt consciente, tantôt inconsciente. Le profond sérieux que l’on met à traiter chaque mourant a certainement été, pour bien des pauvres diables, méprisés durant toute leur vie, la jouissance la plus subtile, une espèce de compensation et d’acompte pour bien des privations.

OSM – 88

 

Gardons-nous de dire que la mort serait opposée à la vie. Le vivant n’est qu’un genre de ce qui est mort et un genre fort rare.

GS-109

 

Schopenhauer

MRV – Supplément  XLVII …

La nature est en contradiction formelle avec elle-même selon qu’elle parle du point de vue particulier ou universel, du dedans ou du dehors, du centre ou de la périphérie. En effet son centre elle l’a dans chaque individu, car chacun renferme le vouloir-vivre tout entier. Aussi cet individu peut n’être qu’un insecte ou un ver ; en parlant elle-même par sa bouche, la nature s’exprime ainsi : « Je suis seul le tout du tout ; tout repose sur ma conservation ; le reste peut périr, il ne compte réellement pas ». Tel est le langage de la nature au point de vue particulier, c’est-à-dire au point de vue de la conscience intime, et c’est là le fondement de l’égoïsme propre à tout être vivant. Au contraire, du point de vue général – qui est celui de la conscience externe, c’est-à­-dire de la connaissance objective, détachée pour l’instant de l’individu en qui réside la faculté de connaître – par suite du dehors, de la périphérie, le nature s’exprime en ces termes : «  L’individu n’est rien, il est moins que rien. Je détruis chaque jour des millions d’individus, par manière de jeu et de passe-temps ; j’abandonne leur sort au plus capricieux et au plus espiègle de mes enfants, au hasard, qui les poursuit de sa fantaisie. Chaque jour je crée des millions d’individus nouveaux, et ma puissance créatrice n’en est pas plus diminuée que n’est épuisée la force d’un miroir par le nombre des images successives du soleil qu’il reflète sur la cloison. L’individu n’est rien. »

Seul celui qui sait réellement embrasser et concilier cette contradiction manifeste de la nature possède la vrai réponse à la question de savoir si son propre moi est impérissable ou non.

 

 

MRV - Suppléments   XLVII  (p.1368)

… La troupe innombrable des astres ne cesse jamais de briller au-dessus de notre tête, mais elle n’est apparente pour notre œil qu’après le coucher d’une étoile plus proche de nous, le soleil de notre terre. Semblable au soleil, mon existence individuelle éclipse tout de son état supérieur ; à ce point de vue pourtant elle ne paraît être au fond qu’un obstacle, placé entre nous et la connaissance de la véritable étendue  de notre être. Et puisque tout individu, dans sa connaissance, ne peut franchir cet obstacle, c’est donc précisément l’individualisation qui maintient le vouloir-vivre dans l’erreur au sujet de son essence propre : elle est la Maïa du brahmanisme. La mort est une réfutation de cette erreur et la supprime. Au moment de mourir nous devons, je crois, nous apercevoir qu’une pure illusion avait borné notre existence à notre personne. On en peut trouver même des indices empiriques dans plus d’un état voisin de la mort, où la conscience cesse d’être concentrée dans le cerveau.

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Annexes à la causerie du 8/01/08

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Deux textes de Nietzsche :

Avenir de la science

La science donne à celui qui y consacre son travail et ses recherches beaucoup de satisfaction, à celui qui en apprend les résultats fort peu. Mais comme peu à peu toutes les vérités importantes de la science deviennent ordinaires et communes, même ce peu de satisfaction cesse d’exister : de même que nous avons depuis longtemps cessé de prendre plaisir à l’admirable deux fois deux font quatre. Or si la science procure par elle-même toujours de moins en moins  de plaisir, et en ôte toujours de plus en plus, en rendant suspects la métaphysique, la religion et l’art consolateurs : il en résulte que se tarit cette grande source de plaisir, à laquelle l’homme doit presque toute son humanité. C’est pourquoi une culture supérieure doit donner à l’homme un cerveau double, quelque chose comme deux compartiments du cerveau, pour sentir, d’un côté, la science, de l’autre ce qui n’est pas la science : existant côte à côte, sans confusion, séparables, étanches : c’est là une condition de santé.

Dans un domaine est la source de force, dans l’autre le régulateur : les illusions, les préjugés, les passions doivent servir à échauffer, l’aide de la science qui connaît doit servir à éviter les conséquences mauvaises et dangereuses des surexcitations.

Si l’on ne satisfait point à cette condition de culture supérieure, on peut prédire presque avec certitude le cours ultérieur de l’évolution humaine : l’intérêt pris à la vérité cessera à mesure qu’elle garantira moins de plaisir ; l’illusion, l’erreur , la fantaisie, reconquerront pas à pas, parce qu’il s’y attache du plaisir, le territoire qu’elles occupaient auparavant : la ruine des sciences, la rechute dans la barbarie en seront la conséquence prochaine ; de nouveau l’humanité devra recommencer à tisser sa toile, après l’avoir, comme Pénélope, détruite pendant la nuit. Mais qui nous est garant qu’elle en retrouvera toujours la force ?

(Humain trop humain -251)

 

Où l’indifférence est nécessaire :

 

Rien ne serait plus absurde que de vouloir attendre ce que la science établira définitivement sur les choses premières et dernières, et jusque là de penser de manière traditionnelle (et surtout de croire ainsi !) – comme on l’a souvent conseillé. L’assurance à ne vouloir posséder sur ces matières que des certitudes absolues est une surpousse  (repousse) religieuse, rien de mieux. Une forme déguisée et sceptique en apparence seulement du « besoin métaphysique », doublée de cette arrière-pensée que longtemps encore on n’aura pas la vue de ces certitudes dernières et que jusque là le « croyant » est en droit de ne pas se préoccuper de tout cet ordre de faits.

Nous n’avons pas du tout besoin de ces certitudes autour de l’extrême horizon, pour vivre une vie humaine pleine et solide : tout aussi peu que la fourmi en a besoin pour être une bonne fourmi. Il nous faut bien plutôt tirer au clair d’où provient réellement l’importance fatale que nous avons si longtemps attribué à ces choses et pour cela nous avons besoin de l’histoire des sentiments moraux et religieux. Car c’est seulement sous l’influence de ces sentiments que ces problèmes culminants de la connaissance sont devenus pour nous si graves et si redoutables : on a introduit en contrebande dans les domaines les plus extérieurs vers lesquels l’œil de l’esprit se dirige encore sans pénétrer en eux, des concepts comme ceux de faute et de peine (et même de peine éternelle !) : et cela avec d’autant moins de scrupules que ces domaines étaient plus obscurs pour nous.

On a de toute antiquité imaginé témérairement là où l’on ne pouvait rien assurer, et l’on a persuadé sa descendance d’admettre ces imaginations pour choses sérieuse et vérité, usant comme dernier atout de cette proposition exécrable : que croire vaut plus que savoir.

Or maintenant, ce qui est nécessaire vis-à-vis de ces choses dernières, ce n’est pas le savoir opposé à la croyance, mais l’indifférence à l’égard de la croyance et du prétendu savoir en ces matières ! –

Toute autre chose doit nous tenir de plus près de ce qu’on nous a jusqu’ici prêché comme le plus important : je veux dire ces questions :

Quelle est la fin de l’homme ?

Quelle est sa destinée après la mort ?

Comment se réconcilie-t-il avec Dieu ?

Et toutes les expressions possibles de ces curiosa . Aussi peu que ces questions des dogmatistes religieux nous touchent celles des dogmatistes philosophes, qu’ils soient idéalistes ou matérialistes ou réalistes.

Tous, tant qu’ils sont, s’occupent à nous pousser à une décision sur des matières où ni croyance ni savoir sont nécessaires ; même pour le plus épris de science il est plus avantageux qu’autour de tout ce qui est objet de recherche et accessible à la raison s’étende une fallacieuse ceinture de marais nébuleux, une bande d’impénétrable, d’éternellement flux et d’indéterminable. C’est précisément par la comparaison avec le règne de l’obscur, aux confins des terres du savoir, que le monde de la science, clair et prochain, tout prochain, croît sans cesse en valeur. –

Il nous faut de nouveau devenir bon prochain des objets prochains ! et ne pas laisser, comme nous avons fait jusqu’ici, notre regard passer avec mépris au-dessus d’eux, pour se porter vers les nues et les esprits de la nuit. Dans des forêts et des cavernes, dans des terres marécageuses et sous des cieux couverts –  c’est là que l’homme a trop longtemps vécu, vécu pauvrement aux divers degrés de civilisation des siècles entiers de siècles. Là il a appris à mépriser le présent et le prochain et la vie et lui-même – et nous, nous qui habitons les plaines les plus lumineuses de la nature et de l’esprit, nous contractons encore, par héritage, en notre sang quelque chose de ce poison du mépris envers les choses prochaines.

 

( La voyageur et son ombre §16 )

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Annexes à la sixième causerie sur l’Agora, de Kurma l’Avatar de Vishnu  

Annexe-1

 

Inimitié contre la lumière -

Si l'on fait comprendre à quelqu'un qu'au sens strict il ne peut jamais parler de vérité, mais seulement de probabilité et des degrés de la probabilité, on découvre généralement, à la joie non dissimulée de celui que l'on instruit ainsi, combien les hommes préfèrent l'incertitude de l'horizon intellectuel, et combien, au fond de leur âme, ils haïssent la vérité à cause de sa précision.

- Cela tient-il à ce qu'ils craignent tous secrètement que l'on fasse une fois tomber sur eux-mêmes, avec trop d'intensité, la lumière de la vérité ? Ils veulent signifier quelque chose, par conséquent on ne doit pas savoir exactement ce qu'ils sont ? Ou bien n'est-ce que la crainte d'un jour trop clair, auquel leur âme de chauve-souris crépusculaire et facile à éblouir n'est pas habituée, en sorte qu'il leur faut haïr ce jour ? (OSM-7)

 

Nietzsche.

Annexe-2

 

Le monde est ma représentation : voilà une vérité valable à l’égard de tout être vivant et connaissant, bien que l’homme seul puisse la porter à sa connaissance abstraite et réfléchie. Dès qu’il y sera parvenu, du même coup il aura acquis le jugement philosophique. Il sera alors démontré pour lui qu’il ne connaît pas un soleil ni une terre, mais toujours uniquement un œil qui voit un soleil, une main qui sent le contact d’une terre ; que le monde qui l’environne n’existe que comme représentation, c’est-à-dire entièrement et uniquement par rapport à un autre être, celui qui perçoit ; et cet être c’est lui-même. S’il est une vérité que l’on puisse énoncer a priori, c’est bien celle-là ; car elle est l’expression de cette forme et de toute expérience possible et concevable, qui est plus générale que toutes les autres, telles que le temps, l’espace, la causalité : car celles-ci présuppose déjà celle-là….

Aucune vérité n’est donc plus certaine, plus indépendante de toute autre et ayant moins besoin de preuve que celle-ci : tout ce qui existe, existe pour la connaissance, c’est-à-dire le monde entier n’est objet que par rapport au sujet, n’est que perception de celui qui perçoit, en un mot représentation….

Tout ce qui fait ou peut faire partie de ce monde est inévitablement soumis à avoir le sujet pour condition, et à n’exister que pour le sujet. Le monde est donc représentation « Le Monde comme volonté et comme représentation »

Shopenhauer -

Annexe-3

 

« …Nous ne devons proférer les plus hautes maximes qu’autant qu’elles sont utiles pour le bien du monde. Les autres, nous devons les garder pour nous ; elles seront toujours là pour diffuser leur éclat sur tout ce que nous ferons, comme la douce lumière d’un soleil caché »  

« Entretiens de Goethe et d'Eckermann»

Goethe

Annexe-4

 « Croyez-moi, mon ami, l’erreur aussi a son mérite »

 

Voltaire 

 

Annexe-5

Il ne faut pas dire du mal du paradoxe, passion de la pensée: le penseur sans paradoxe est comme l’amant sans passion, une belle médiocrité. Mais le propos de toute passion portée à son comble est toujours de vouloir sa propre ruine : de même, la passion suprême de la raison est de vouloir un obstacle qui, d’une façon ou d’une autre, cause sa perte. Le suprême paradoxe de la pensée est ainsi de vouloir découvrir quelque chose qui échappe à son emprise.                          (Miettes philosophiques)

Kierkegaard

 

Annexe-6

 

La distance et en quelque sorte l’espace qui entoure l’homme augmentent avec la force de son regard et de sa pénétration spirituelles. Son monde s’approfondit, sans cesse de nouvelles étoiles, sans cesse de nouvelles énigmes deviennent pour lui visibles.

Peut-être tout ce sur quoi l’œil de l’esprit a exercé sa sagacité et sa profondeur ne fut-il qu’un prétexte à cet exercice, un objet de joie, une occupation d’enfants et de grands enfants.

Peut-être, un jour les concepts les plus solennels, ceux qui on provoqué les plus grandes luttes et les plus grandes souffrances, les concepts de “Dieu” et de “péché”, ne nous apparaîtront-ils guère plus important que ne le sont pour le vieil homme un jouet d’enfant et un chagrin d’enfant. Peut-être “le vieil homme” a-t-il de besoin d’un autre jouet encore et d’une autre chagrin, - se sentant encore assez enfant, éternellement enfant! ( PDBM-57)

 

Nietzsche